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NOËL

 

 « Recherche la paix et poursuis-la » (Règle de saint Benoît)  

Quand arrivent les fêtes de fin d’année, les illuminations partout répandues, ne doivent pas faire oublier le vrai sens chrétien de Noël. Son message se résume en un seul mot facile à retenir : c’est un souhait, un appel, un espoir : la paix !

 L’Évangile de la paix est né avec le Christ. Il est notre paix. Depuis sa naissance à Bethléem, c’est cette annonce de la paix qui rythme le déroulement du temps dans la succession des années. 

Comprenons-le : la paix que Dieu nous offre en Jésus, voilà le véritable but de toute l’histoire. Les affrontements réitérés peuvent-ils vraiment rechercher la paix ? La lutte entre humains ne représente pas la réalité profonde de l’histoire, même si, hélas, tant de dates sont gravées dans les mémoires en chiffre de sang. Mais où est-elle cette paix toujours à poursuivre ?

Jamais à la pointe des armes. Parfois à la fin des traités. Toujours, dans le cœur des hommes de bonne volonté qui l’aiment et la construisent en eux et autour d’eux. 

Ainsi, d’une façon très réaliste, saint Benoît s’est engagé résolument sur le chemin de la paix. Elle est établie dans sa vie, dans ses gestes, dans sa prière comme la présence même de Dieu. Car, Dieu est un Dieu de paix. C’est lui qui la donne, si on la cherche en lui.  

Le Christ, à Noël, est venu nous la proposer, devenant ainsi lui-même la feuille de route de la paix. 

Nous vous souhaitons bonne route !  

 

Noël 2014

Noël ou comment accueillir Dieu ?


Chers amis,pour vous souhaiter une année bonne, en ces jours qui suivent Noël, voici une phrase de la Règle de saint Benoît qui pourrait vous éclairer. Il dit : « Recevoir les hôtes, c’est recevoir le Christ. »
Ne voyez pas là une réclame pour notre hôtellerie ! Encore que, pourquoi pas ? L’évocation des hôtes rappelle qu’à Noël, c’est le Fils de Dieu lui-même qui est venu sur terre comme un hôte. 
A ce monde dont il est le maître puisqu’il l’a créé, et que nous estimons être nôtre, puisqu’il nous l’a donné, il s’est présenté en pauvre qui demande l’hospitalité. C’est donc lui, l’hôte à ne pas manquer, à bien recevoir. Il faut surtout le prier de rester. C’est par la prière personnelle qu’on le retient dans son cœur.
Mais pourquoi a-t-il tenu à être si proche des hommes ? C’est parce que leur détresse l’a touché. Il s’est comporté comme un ami qui se sent appelé par le malheur de son ami, ou comme un père se portant au secours de son enfant malade. On aime ou on n’aime pas. Dieu est amour. Alors il est venu.
Ne voulant pas s’imposer à l’homme qui s’est séparé de lui, il s’en approche doucement. Telle est le sens de la longue histoire rapportée par la Bible. Or, voici qu’un jour, par sa naissance, il a frappé à la porte de l’humanité et à celle de chaque conscience. Qui recevra maintenant cet Hôte ? Vous, nous ! Malgré nos réticences, nous admirons comment il parvient à s’introduire dans notre liberté sans la forcer ; peut-être en nous faisant sentir que sans lui nous ne pouvons pas nous en sortir. Sans lui, reconnaissons-le, l’humanité se dégrade.
Les moines, par toute leur vie consacrée à Dieu, s’efforcent donc d’accueillir le Christ. N’hésitez pas, vous non plus, à lui offrir l’hospitalité dans votre situation. Il a une Parole d’espérance à vous dire pour cette année. La paix qu’elle vous donnera s’étendra autour de vous. Le monde commence déjà invisiblement à être meilleur, n’est-ce pas ! Merci d’y croire !
Dom Michel Jorrot Père Abbé

NUIT  DE  NOËL 2014

 

Homélie du Père Abbé 25 décembre 2014

 

Chers Frères et Sœurs,

 

en cette nuit, une lumière a resplendit. Elle est un signe. Le nouveau- né couché dans la mangeoire est aussi un signe. Jésus enfant dès sa naissance est déjà le sacrement du salut. Nous sommes devant une théophanie, une manifestation de Dieu. Et le signe du nouveau-né nous attire comme il a attiré les bergers.

Comment et pourquoi nous attire-t-il ? Il ne nous attirerait pas s’il nous contraignait. Il agit sur nous par l’admiration, aussi par la curiosité qu’il suscite, et surtout par sa tendresse innée. Celle justement qu’un enfant éveille en tout homme.
Plus nous nous laissons attirer par lui, plus cette attirance devient forte, puissante, décisive, car alors plus on le connaît. Noël contient une telle nouveauté que l’attrait qu’il exerce sur nous dans la foi, nous arrache à nous-mêmes presque sans que l’on s’en aperçoive. 
Par ce phénomène d’attirance, voici donc que dès Noël, c’est tout l’Evangile qui s’annonce. Il ne s’agira pas d’une simple loi extérieure à pratiquer. Cet enfant est déjà l’Evangile vivant. Ainsi, on pourrait dire que, grâce à lui, le sens de l’Evangile naît en nous. C’est l’accueil d’une Personne. 
Les bergers ont été surpris par la lumière de l’ange. Dans leur nuit quotidienne, une lumière nouvelle vient de resplendir. Dieu intervient dans leur vie. Tout change pour eux. Ils ne se sentent plus seuls dans la nuit. Le jour de Dieu s’est levé avant que celui de la terre ne s’éveille. Désormais pour l’âme chrétienne, il n’y a plus de nuit, plus d’obscurité de non sens, plus de place pour le désespoir et le vide, au visage de mort.
O nuit sainte de Noël, tu annonces la nuit de Pâques. Il y a une invasion de Dieu parmi nous. Invasion secrète qu’il ne faut pas chercher à mesurer ni à évaluer en elle-même. C’est une présence de Dieu qui dilate le cœur dans un silence vivant, dans une lumière pure, intérieure.
Ainsi éclairés en cette nuit justement, nous renouvelons notre profession de foi. Chacun, en posant les yeux sur cet enfant de la crèche, peut laisser monter sur ses lèvres l’expression inouïe de Thomas après la résurrection, au comble du saisissement : « Mon Seigneur et mon Dieu. » (Jn 20, 28). Telle est bien l’attrait que la vérité du Christ exerce sur nous. 
Or, nous le savons, la foi illumine la vie et la pensée. Par elle, nous comprenons quel est le premier acte du Prince de la paix, comme le nomme le prophète Isaïe. C’est par sa seule présence que déjà il est le prince de la paix. En effet, on ne fait pas la guerre à un enfant et un enfant ne fait pas la guerre. Mais hélas, quel malheur pour notre époque : on fait la guerre à l’enfant innocent, et on apprend à des enfants à faire la guerre. Comme si l’adulte qui n’a pas respecté la vie de l’innocent, se servait de lui pour cacher son propre crime et rendre l’enfant complice de sa dépravation. Mais Noël doit faire redécouvrir l’enfant comme un signe du don de Dieu. 
L’attrait que nous ressentons à l’égard du Prince de la paix, nous invite avec toute l’humanité à une nouvelle naissance : celle du sens de l’Evangile qui est aussi sens de l’esprit de paix. Par son Fils fait homme, Dieu veut tout recommencer sur la base du droit et de la justice, sur le fondement solide de la vérité et de l’amour, car l’homme n’est pas fait pour autre chose. Il est toujours temps de se mettre au diapason de Noël. Certes, il y a l’esprit de notre temps, mais il y a surtout l’esprit du Christ : l’esprit de Noël. C’est l’esprit de l’attrait pour l’Evangile de la vie, C’est l’esprit de la louange. C’est l’esprit ardent à faire le bien qui rejette le péché et les passions d’ici bas. C’est l’esprit de la paix avec Dieu et entre les hommes. 

JOUR  DE  NOËL 

 Homélie du Père Abbé 25  décembre 2014

Chers Frères et Sœurs,

« Le Verbe s’est fait chair. » Nous venons de réentendre cette parole éternelle comme le mystère qu’elle énonce. Ecoutez bien ces paroles : « Le Verbe s’est fait chair. » Quand nous accueillons ces mots, le Verbe vient en nous, c’est-à-dire que la Personne du Christ et sa pensée nous habitent.

Noël nous parle de la présence étonnante de Dieu dans l’humanité. C’est bien plus qu’une question de proximité. L’antique question de la distance entre Dieu et nous reste théorique. Des philosophes ont conçu l’élévation de Dieu dans sa perfection, dans sa transcendance ? à la manière d’un éloignement, le rendant étranger à l’univers. On peut être étonné d’une pareille logique.

La révélation nous dit en effet diamétralement le contraire. Et la raison reste étonnée devant l’affirmation de la foi : « Le Verbe s’est fait chair. » Ce n’est pas là, la réponse par un hypothétique rapprochement, mais un fait. Était-ce possible, pensable que Dieu soit proche des hommes ? Non, en termes philosophiques ; non, en raisonnant à partir de données abstraites. Mais, la réalité est toute autre.

Dieu s’est fait homme ; l’événement a eu lieu et il est définitif. Dieu n’a pas fait semblant. Et l’homme que l’on a vu, n’essayait pas de faire le Dieu. Cet homme qui marchait, parlait, mangeait, était Dieu en pleine communication humaine avec son entourage. Sa chair, son humanité entière sont signes de sa solidarité avec nous. Le Verbe est l’un de nous. Il est comme nous, sauf le péché. L’un de nous, tout en récapitulant l’humanité en lui.

Dans le Christ, Dieu est entré dans les limites humaines. Dieu se laisse conditionner par ces limites et cependant ces limites n’arrêtent pas son action divine, elles n’y font pas obstacle.

La question demeure : comment le divin peut–il être dans l’humain ? En assumant la réalité humaine. « L’humanité du Christ n’a d’autre sujet que la personne divine du Fils de Dieu qui l’a assumée et faite sienne dès sa conception » (CEC 466). La foi nous permet donc de dire que le divin et l’humain sont unis dans le Christ. Fils de Dieu fait homme, il a ainsi une connaissance intime et immédiate de son Père. (CEC 473).

Loin de penser à une impossibilité dans cette union, il faut y voir une heureuse révélation : le Verbe-homme fait connaître l’amour de Dieu par sa proximité ; il est notre modèle de sainteté, car il est le fondement de la Loi nouvelle de l’amour fraternel ; et, finalement, il nous fait participer à sa vie divine.  

Mais il convient, en ce jour de Noël, de nous rappeler dans quelles conditions le Verbe s’est fait chair. Si tout en se faisant homme au milieu des hommes, s’était présenté en pleine force, comme un surhomme de science fiction, disons : un personnage vivant dans un perpétuel miracle, nous n’aurions pas cru qu’il était Dieu. Mais, si cet homme est vraiment limité, qu’il a besoin de nourriture et de sommeil… alors oui, nous avons les signes, avec les miracles qu’il a opérés et surtout avec sa résurrection, qu’il est Dieu avec nous.

« Le Verbe s’est fait chair. » Il s’est fait homme. On ne peut comprendre le Christ qu’à partir de Dieu. Et désormais, nous ne pouvons plus séparer notre compréhension de l’homme, de notre connaissance de Dieu. Aussi, le Royaume qu’il est venu instaurer parmi les hommes, trouve en lui son unique fondement. Cependant, comme ce Royaume semble peu de chose dans l’histoire ! Le Petit de Bethléem n’est-il pas une quantité infime en comparaison de la multitude humaine. Pourtant, la flamme qui brille en cette nuit ne sera jamais étouffée.

Mais, à toutes les époques et en notre temps, reconnaissons-le, cette flamme semble trop faible. C’est comme si à chaque fête de Noël, le Royaume du Christ ne faisait que commencer, comme s’il ne devait rester que fragile, petit en tout temps. Dans le monde à sauver, Dieu est présent dans la fragilité d’un perpétuel Noël.

Accueillons humblement le Verbe fait chair dans nos propres limites. Il veut y instaurer son Royaume. Ce Royaume qui est la terre natale des enfants et de ceux qui leur ressemblent. Joyeux Noël à vous tous, enfants de Dieu !